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eader des Républicains au conseil régional, Virginie Calmels est critique sur l’action menée par Alain Rousset, notamment en matière de politique économique.

Le 4 janvier dernier, Virginie Calmels siégeait pour la première fois dans l’hémicycle du Conseil régional. La première adjointe au maire, par ailleurs vice-présidente de Bordeaux Métropole prône, après douze mois à la tête de l’opposition, d’autres priorités notamment vers les infrastructures.

La réforme territoriale qui a notamment conduit au redécoupage des régions vous semble-t-elle adaptée ?

« Au bout d’un an, on peut reconnaître que la loi NOTRe, et notamment cette grande réforme territoriale avec ces grandes régions, était une mauvaise loi. Elle a construit des territoires immenses et notamment la Nouvelle-Aquitaine. Au fond l’objectif de réforme territoriale est de diminuer le millefeuille administratif et de faire des économies pour que cela bénéficie à tous. Or on voit qu’avec le management actuel des nouvelles politiques, il n’y a pas d’économie et même un empilage des coûts. Ces grandes régions relégitiment l’échelon départemental alors qu’on pouvait réduire une couche dans le millefeuille en le supprimant. »

Fonctionne-t-on mieux aujourd’hui qu’hier ?

« La réponse est plutôt non. En Nouvelle-Aquitaine, le territoire est compliqué en terme d’identité et de flux économiques. Le découpage administratif n’est pas optimal et montre ses limites. »

Cela veut dire que vous souhaitez qu’on revienne sur ces grandes régions, comme François Fillon, que vous soutenez, l’a évoqué ?

« Quand quelque chose a été mal fait, c’est toujours difficile de revenir en arrière. Pour autant, on voit des anomalies. François Fillon souhaitera-t-il revenir sur quelques anomalies à la marge s’il est élu président de la République ? On verra ce que sera vraiment son projet. »

Comment voyez-vous l’adhésion de la population à la collectivité ?

« Je crois que c’est encore très abstrait pour les citoyens. Les prérogatives de la Région ne sont pas forcément concrètes pour tous les habitants. Avec l’immensité de cette grande région, un centre névralgique à Bordeaux, on a perdu en adhésion. Le prisme aquitain qui a tendance à calquer les méthodes issues de l’Aquitaine sur le reste de la grande région peut avoir des aspects positifs mais aussi des aspects négatifs. »

Il est d’ailleurs difficile de rééquilibrer la dynamique entre les territoires… 

« Il faut voir à quoi tient ce « retard ». Ce qui est important, ce sont les infrastructures. Et le Limousin souffre de ce point de vue. S’il était totalement connecté au très haut débit et si on avait de vraies infrastructures routières, ferroviaires, mécaniquement on travaillerait bien mieux à l’aménagement du territoire, son désenclavement et au développement économique. Pour moi, c’était la priorité absolue et notamment la route. Ce n’est pas possible d’avoir encore des zones blanches téléphoniques comme en Creuse. Le reste, c’est de la communication. »

Vous étiez à la tête d’une grande entreprise et votre vision du soutien économique est très différente de celui d’Alain Rousset… 

« Le soutien à l’industrie et l’aéronautique peuvent passer par des aides directes car on ne peut pas être les seules à ne pas aider les entreprises, ce dont ne se gênent pas certains pays. Pour moi le développement passe par les PME et les TPE mais pas en remettant simplement des chèques. Pour ces petites structures, rien que faire des dossiers destinés aux administrations est impossible. Elles n’en ont pas les moyens et le temps humain. On n’a pas de politique régionale fléchée vers ces entreprises pas plus que vers les commerçants, les artisans ou les professions libérales. »

Le budget 2017 va être impacté par l’héritage financier de Poitou-Charentes. Un gros chèque va être signé. Il faut passer à autre chose ?

« C’est un problème d’éthique, d’image des élus et de responsabilité. Il était important de poser le diagnostic, de voir comment y remédier. Et cela passera par un chèque des contribuables. Dans une entreprise, il y a une séparation de fonction. Vous avez des procédures internes, un conseil d’administration. Ce qui me frappe, et la ligne SNCF Oloron-Bedous dans les Pyrénées-Atlantiques en est le bon exemple, c’est qu’à la fin un président de Région a le pouvoir d’engager 400 millions d’euros sur une ligne touristique ferroviaire structurellement déficitaire. La priorité, selon moi, va vers la Nationale 147 entre Poitiers et Limoges. »

On va entrer dans une période d’économie. Quels sont les leviers ?

« Il faut avoir le courage de décisions difficiles. Il va y avoir 400 départs à la retraite rien qu’au siège qui compte 2.500 personnes. Il ne s’agit pas de diminuer les services publics mais de mettre l’argent là où les contribuables attendent un service public. On a fusionné trois régions et normalement on ne doit pas additionner les effectifs. Sinon, on continue à cramer de l’argent public. »

La crainte est que ces économies se fassent encore à Limoges et Poitiers… 

« Moi, ce n’est pas ce que j’avais préconisé. Poitiers et Limoges auraient dû rester capitales territoriales aux côtés de Bordeaux en décentralisant des fonctions de direction en lien avec les administrations restées sur place. Alain Rousset a tout concentré à Bordeaux, ce qui pour moi, affaibli mécaniquement Poitiers et Limoges. »

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